Dossier Technique

Dominique GILLOOTS

Responsable de Marché Secteur Lait du CIA Gènes Diffusion

La fécondité : des contraintes
mais des solutions

S'il y a bien un thème à ne pas négliger en élevage laitier, c'est la fécondité. Elément clé de la gestion de l'élevage, la fécondité a des incidences sur la réalisation du quota, le prix du lait, la gestion des lots d'animaux, et sur les charges de l'exploitation de manière plus générale. Dominique Gilloots, Responsable de Marché Secteur Lait du CIA Gènes Diffusion, nous explique les actions menées par la coopérative auprès des éleveurs sur cet aspect fondamental de l'élevage.

Dominique Gilloots

Dominique GILLOOTS, Responsable de Marché Secteur Lait du CIA Gènes Diffusion

Chevauchement

Le chevauchement : savoir le repérer, c'est essentiel.

Alimentation de la vache

La conduite alimentaire est le facteur le plus souvent responsable de l'infécondité.

Conduite d'élevage

La conduite d'élevage : un point très important.

Veau

Le sanitaire représente un impact sur la fécondité de 10%.

Réunions

Des réunions "toujours positives" fournissent aux éleveurs des réponses adaptées à leurs besoins.

Dominique, pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Dominique GILLOOTS : Je suis rentré en 1987 à Gènes Diffusion. J'ai commencé par trois années en tant que technicien génétique : pointage d'animaux, réunions techniques auprès des éleveurs et des inséminateurs. Ensuite, de 1991 à 1996, j'étais responsable de l'animation de 6 équipes d'inséminateurs dans le Pas de Calais. Enfin, depuis 1997, je suis responsable de marché au niveau des producteurs de lait. L'une de mes missions est la mise en place d'outils et de réunions d'information visant à l'amélioration de la fécondité de nos troupeaux laitiers. A ce titre, j'ai fait partie du comité de pilotage de l'action " Top Fécondité " organisée en 1994 par le GIE Lait Viande et les organismes d'élevage de Nord Picardie, et ce, à l'initiative de Gènes Diffusion.

Expliquez-nous l'importance de la fécondité au niveau de l'élevage et l'impact qu'il peut représenter ?

DG : D'abord, l'importance est économique avec une augmentation des coûts, une gestion des quotas plus difficile, une répartition du lait sur l'année qui est moins bonne. Cela engendre des conséquences sur l'alimentation, sur la gestion des stocks fourragers. On est amené à réformer à contre coeur des vaches avec un bon niveau génétique. Il y a également une incidence sur la gestion du travail car une bête qui a des problèmes de fécondité a toujours besoin d'être surveillée. Enfin, cela influe sur la descendance de ces animaux pour l'élevage de génisses (irrégularité des lots, naissance à tout moment).

Que fait la coopérative pour accompagner les éleveurs ?

DG : Elle met à leur disposition des outils simples qui facilitent les notations et la visualisation. Tout d'abord, la coopérative équipe tous les éleveurs adhérents d'un classeur dans lequel figure l'ensemble des éléments concernant la reproduction. Cette dernière permet de visualiser sur un document unique le suivi des IA du troupeau. Dans un deuxième temps, la " coop " fournit aux éleveurs des documents de notation et en premier lieu le calendrier "Diag". Car, il est bien connu que la notation en élevage est indispensable notamment pour fiabiliser le suivi. En fécondité, un problème qui arrive en février peut avoir une origine qui remonte au mois de juillet de l'année précédente. Enfin, nous mettons également à disposition des éleveurs un bilan d'alerte envoyé par fax, restituant des informations sur la réussite à l'insémination. Ces documents servent de " baromètre " à l'éleveur et lui permettent de réagir rapidement si les indicateurs sont mauvais. Notez que tous ces outils que l'on vient de citer sont gratuits.

Au niveau du suivi de la fécondité, le CIA propose aux éleveurs deux techniques de constat de gestation : le diag 2000 (prise de sang) et le palper. Il y a aussi les produits de détection de chevauchement tel que Kamar, Fil Detail ou Oestruflash, pour aider l'éleveur à repérer les vaches qui se laissent chevaucher.

Signalons aussi que la coopérative, par rapport à l'action " Top Fécondité " mise en place il y a une dizaine d'années, réalise des analyses individuelles sur les origines des problèmes de fécondité en élevage. Ce sont en fait des diagnostics de fécondité permettant de mettre en évidence les facteurs de risques et d'y associer les remèdes à mettre en place. Cela s'appelle " l'atout fécondité ". NDLR : Voir l'article en annexe de cette interview.

Les éleveurs utilisent-ils toutes ces techniques ?

DG : Certains outils, comme le calendrier de notation (calendrier diag), sont très utilisés. Remis par les inséminateurs en début de campagne, les éleveurs s'y sont très bien habitués car il permet un repérage facile et s'intègre bien aux pratiques d'élevage.

Les outils de détection sont utilisés par une bonne proportion d'éleveurs, le palper et le Diag également. En ce qui concerne le critère d'alerte, la donne est différente car c'est " du systématique " pour tous ceux qui ont un fax. A savoir que l'on envoie ce document aux éleveurs qui ont réalisé 20 IA sur 2 mois consécutifs.

Par ailleurs, l'analyse " atout fécondité " est peu utilisée, elle est basée sur une démarche volontaire de l'éleveur.

Parallèlement, vous organisez des réunions d'information sur le sujet. Quel bilan dressez-vous de ces réunions ?

DG : Ces réunions sont toujours très positives car elles se font à chaque fois en partenariat avec d'autres organismes. Cela permet donc aux éleveurs de poser des questions aux différents intervenants. De plus, l'expérience des uns et des autres profite à tout le monde dans ce genre de réunion.

Autrement dit, si un éleveur a un souci sur telle ou telle question, d'autres éleveurs dans la salle peuvent témoigner et expliquer comment ils ont résolu le problème. Donc, oui, assurément, les réunions avec 50-60 éleveurs sont toujours très bonnes. Début janvier 2002, nous avons organisé 11 réunions sur 1 journée sur le thème de la fécondité avec 3 intervenants (Vétérinaire, un technicien IA et un technicien du Contrôle Laitier). Au total, nous avons réuni plus de 1000 éleveurs. En 2003, nous avons, à l'occasion de nos assemblées de section, fait intervenir un vétérinaire du réseau "VET'el" sur le sujet "Comment réussir un vêlage de façon à ne pas pénaliser la fécondité du troupeau". En janvier 2002, avec le Contrôle Laitier du Pas de Calais et en janvier 2003 avec celui du Nord, nous sommes intervenus sur la conduite de repro dans les réunions organisées par ces derniers.

Les éleveurs sont-ils demandeurs de ces réunions d'information ?

DG : Tout à fait, ils le sont, dans la mesure où ces problèmes sont réels en élevage. Il faut savoir qu'en terme de fécondité, il n'y a pas de recette miracle. L'amélioration de la fécondité est une somme de petits éléments au quotidien qui, ajoutés les uns aux autres, vont permettre une évolution concrète. Par exemple, l'un de ces éléments c'est tout simplement le temps passé dans le troupeau, et les éleveurs en ont de moins en moins. On arrive à un antagonisme entre la fécondité - travail de finition, pourrait-on dire - et un emploi du temps des éleveurs qui est de plus en plus chargé. Il faut savoir qu'aujourd'hui, l'agriculture est beaucoup plus professionnelle qu'il y a 20 ans. Le côté familial d'une exploitation agricole avec une main d'œuvre disponible a un peu disparu. La présence de l'éleveur dans les bâtiments est moins forte. Il est de plus en plus fréquent de quitter l'exploitation le soir car l'éleveur n'habite pas sur le site.

D'où l'intérêt de ces réunions ?

DG : Absolument. Il faut répondre aux éleveurs sur les différents facteurs de risques d'une dégradation de la fécondité des troupeaux laitiers. Il faut rappeler qu'en biologie, un minimum de règles de bases sont à respecter. Une bonne surveillance du troupeau, par exemple, est toujours payante.

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