Interview

Marc POILLON

Responsable de la taurellerie de Douai

Du taureau à la paillette : une chaîne exigeante

Pour beaucoup d'éleveurs des régions du Nord de la France, Gènes Diffusion est la coopérative pratiquant les inséminations sur leurs élevages bovins. Mais avant de voir arriver l'inséminateur avec ses paillettes déjà toutes prêtes, se doutent-ils de l'importance du travail effectué en amont ? Nous avons choisi pour cette première interview de commencer par…le début ! Le lieu de ces exploits : la taurellerie de Douai. Marc Poillon en est le responsable, à lui l'honneur de nous parler du commencement d'une très longue chaîne…

Marc Poillon

Marc POILLON, Responsable de la taurellerie de Douai

Jeunes taureaux

Jeunes taureaux

Salle de monte de Douai

La salle de monte de Douai

Salle de monte en activité

La salle de monte en activité

Taureaux en lay-off

Taureaux en lay-off

Fausse monte

Fausse monte

Préparation du vagin artificiel

Préparation du vagin artificiel

Collecte du taureau Orgerus

Collecte du taureau Orgerus

Transfert de la semence par le sas

Transfert de la semence par le sas

Analyse de semence

Analyse à l'oeil de la semence

Analyse de semence

Conditionnement des paillettes

Visite d'étudiants

Visite d'une classe d'étudiants

Marc Poillon, vous êtes le responsable du centre de Douai, comment en êtes-vous arrivé là ?

Marc POILLON : Après avoir obtenu mon BTS Production Animale en 1973, je suis entré à Gènes Diffusion en 1974. J'ai obtenu ma licence de Chef de Centre en juillet 76. Et c'est seulement en 1992 que je suis devenu le Chef de Centre de la taurellerie de Douai comme mon diplôme me le permettait.

Dans le cadre de Gènes Diffusion Holstein, où sont hébergés les taureaux qui sont testés ou en cours de testage ?

MP : En France, l'organisation est basée sur 4 sites principaux avec les coopératives associées : à Douai donc mais aussi à Charleville-Mézières, à La Roche sur Yon et à Niort. A l'étranger, dans le cadre de partenariats de testage, des taureaux sont hébergés en Pologne, en Allemagne, en République Tchèque et en Slovaquie.

Quand et comment sont recrutés les taureaux ?

MP : On va chercher les "veaux-mâles" - ou taurillons - vers les 5-7 mois. Préalablement, des tests sanitaires sur la mère et le veau ont été effectués. Le tout est régi par la loi sur l'élevage de 1966. On les place ensuite dans ce qu'on appelle des "pré-quarantaines", c'est à dire des endroits isolés des autres animaux, gérés principalement par des éleveurs en retraite. Dans ces pré-quarantaines, on travaille toujours en "tout plein-tout vide". En d'autres termes, on fait rentrer un lot entier pour ensuite le sortir complètement. Ensuite, en attendant la maturité sexuelle, on les place dans une station d'élevage, à Guesnain. Pour des raisons sanitaires le centre de Guesnain est volontairement éloigné de celui de Douai.

Que se passe t-il ensuite après la station d'élevage ?

MP : Les taureaux arrivent ensuite en quarantaine officielle, où ils sont suivis par le Laboratoire National de Contrôle des Reproducteurs (LNCR). Ils restent au minimum 60 jours avec 2 séries de tests sanitaires obligatoires. Durant cette période, qui correspond à l'étude de la fonction sexuelle, nous leur apprenons également à monter et les habituons à la pratique du prélèvement. Pendant cette étape, nous travaillons également en tout plein-tout vide. Par la suite, certains taureaux se voient délivrés par le Ministère et sous contrôle de la DSV (Direction des Services Vétérinaires), une Autorisation Sanitaire d'Admission et d'Utilisation (A.S.U), c'est à dire une autorisation d'entrer dans un Centre de Production de Semence (CPS).

La production commence t-elle maintenant ?

MP : Ces jeunes taureaux sont prélevés une journée par semaine. De ce fait, le stock de paillettes se constitue pour les inséminations de testage (IA de testage). Environ 600 doses sont produites pour les IA de testage. Ensuite les 10% meilleurs taureaux (Top 10) restent en production jusqu'à leur index ; ils produisent 50 000 doses et on arrête leur production ; ils resteront en box individuel. Les 90% restants sont en Lay-Off.

A quoi correspond le lay-off ? Que voulez-vous dire ?

MP : Le Lay-Off consiste à mettre en inactivité les reproducteurs dont la collecte ne sera reprise que pour ceux dont les premiers résultats de descendance seront intéressants. En ce qui nous concerne, les taureaux placés entre le Top 10 et 25 sont remis en production à l'age de 4 ans avec un objectif de 50 000 doses avant l'index. Les 75% restants restent en Lay-Off jusqu'à l'IPVG (Indexation Précoce de Valeur Génétique). En fonction de l'IPVG, je peux faire des propositions de réforme pour certains. A noter que certains taureaux ne faisant pas partie des 10% meilleurs mais issus d'accords avec nos partenaires ne partent pas en Lay-Off ; ils partent chez nos partenaires dès leur objectif de production atteint. A chaque parution d'index et d'IPVG, les résultats sont analysés puis une décision est prise au sujet de chaque taureau.

Comment fonctionne la production de semence bovine chez Gènes Diffusion ?

MP : Avant tout, je tiens à préciser que la qualité de la semence dépend de trois facteurs essentiels : la propreté des locaux, l'hygiène des animaux et la qualité et le sérieux des hommes.

En ce qui concerne les locaux, ils sont sous haute surveillance. Les normes en vigueur chez Gènes Diffusion, depuis 93, font des taurelleries des sites très protégés et dont l'accès est interdit à toute personne étrangère au service. A l'intérieur, même règle : les deux pôles d'activité de la taurellerie - animaux et laboratoire - sont volontairement isolés l'un de l'autre. Seul un sas permet le passage de la semence au laboratoire, ceci par mesure d'hygiène dans la confection des doses.

Pour ce qui est des animaux, les services vétérinaires (DSV) et le Ministère de l'Agriculture (Laboratoire de Maisons Alfort) effectuent des contrôles sanitaires rigoureux à chaque étape de la vie des taureaux : avant l'entrée en pré-quarantaine pour les veaux achetés en ferme, en quarantaine (entrée et sortie), avant la mise en testage (2 fois à 1 mois d'intervalle), et 2 fois par an sur tous les taureaux de chaque station. Ces contrôles assurent une garantie sanitaire quasi totale. Ils portent sur les maladies suivantes : tuberculose, brucellose, IBR, leucose, BVD, campylobactériose, trichomonose, paratuberculose et leptospirose. De plus, la qualité biologique de la semence produite est également contrôlée pour chaque taureau de manière approfondie par le laboratoire national de Maison Alfort : par exemple sur les volumes, sur la concentration ou sur les spermatozoïdes anormaux, etc…

Enfin, au niveau des hommes il y a une organisation très précise. En tant que Chef de Centre, j'anime l'équipe présente sur le site. Dix taurelliers (ou ATE) et un responsable, également Chef de Centre, assurent les soins et l'alimentation des animaux, les prélèvements des semences, le nettoyage et l'entretien des boxs. Deux techniciennes de laboratoire assurent toute la partie traitement de la semence et du conditionnement. Une secrétaire tient à jour le dossier complet de chaque taureau.

Pourquoi une telle rigueur au niveau de l'hygiène ?

MP : C'est très simple. Les doses vont être diffusées dans différents élevages. Par conséquent, étant donné le nombre important d'élevages, la collecte nécessite un environnement d'une grande propreté. Des doses saines en terme de qualité biologique et bactériologique, c'est l'assurance d'éviter la transmission des maladies.

Et dans le centre précisément, comment se passe la collecte ?

MP : Au début, chaque taureau est identifié et toutes les interventions pratiquées sur lui sont répertoriées. A chaque taureau correspond un rythme de récolte bien précis, défini en fonction de sa capacité à produire et d'un objectif de production. Un plan de monte précisant le numéro de box du reproducteur est remis chaque jour aux taurelliers chargés d'amener les taureaux en salle de monte. Parallèlement, un jeu de 4 étiquettes est édité pour chaque taureau : 2 pour le prélèvement et 2 pour le laboratoire, indiquant les caractéristiques du taureau et la mention " 1er ou 2ème saut ". L'identification de la semence est une préoccupation de tous les instants dans la chaîne de travail. Pendant la collecte, nous utilisons des taureaux bout-en-train. Ils sont nettoyés, désinfectés et amenés dans la salle de monte. Il y a une phase de préparation (fausses montes et excitation) très importante pour une bonne qualité biologique de la semence en volume et concentration.

C'est à ce moment là que le taureau est récolté ?

MP : Oui, la récolte de semence se fait à l'aide d'un vagin artificiel, parfaitement désinfecté, préparé pour reproduire les conditions idéales de température, pression et sensation. La semence est récoltée dans un tube gradué, stérilisé. On transmet ensuite ce tube étiqueté, par le sas, au laboratoire. Dès son arrivée au labo, une première observation à l'œil est faite sur la semence fraîche. Puis on mesure la concentration des spermatozoïdes à l'aide d'un photocolorimètre. La mise en paillettes se fait ensuite à l'aide d'une machine assurant à la fois le remplissage, le bouchage et l'identification des paillettes. Ces dernières sont mises sur rampe et congelées à -140°C en 4 à 5 minutes, puis plongées dans l'azote liquide à -196° pour une durée de conservation illimitée. Enfin, un échantillon de chaque éjaculat est examiné le lendemain, après décongélation de deux paillettes dans les mêmes conditions que celles pratiquées par l'inséminateur en élevage, cela permet de décider si on garde ou non les doses produites.

Quels sont les risques liés au taureau dans ce métier ?

MP : Le taureau peut être qualifié d'animal dangereux. Il peut avoir des réactions parfois inattendues susceptibles d'entraîner des accidents. En ce qui concerne la taurellerie de Douai, depuis dix ans que je suis là, nous n'avons pas eu d'accident grave… Mais les risques sont là. C'est pour ça que, lorsqu'il y a des visites de la taurellerie, nous demandons aux gens de rester tranquille derrière la vitre pour ne pas énerver les taureaux. Néanmoins, quand un taureau vient en salle de monte, il sait pourquoi il est là. Il pense à autre chose dans ces moments là !

Dans le cadre du schéma Gènes Diffusion Holstein, quelles sont vos relations avec les coopératives associées ?

MP : Je suis en relation permanente avec elles sur la production de semence, sur les doses et sur la santé des taureaux. A Douai, dans notre taurellerie, nous hébergeons essentiellement des jeunes taureaux. Une fois leur première indexation établie, ils sont hébergés dans les taurelleries des coopératives associées. Par conséquent, nous avons des relations particulières avec les autres coopératives, et nous effectuons régulièrement des transferts de taureaux d'un centre à un autre.

Pour conclure, le public peut-il visiter la taurellerie ?

MP : Oui, tout à fait. Un espace est réservé aux visiteurs dans l'enceinte du bâtiment. De là, ils peuvent assister à la collecte, au transfert et à l'analyse de la semence. Bien entendu, cet espace est entièrement coupé de la taurellerie et du laboratoire, pour des raisons d'hygiène et pour ne pas énerver davantage les taureaux. Les collectes se font le lundi, mercredi et vendredi, journées privilégiées pour accueillir des écoles spécialisées ou des groupes d'éleveurs.

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