Matthieu BOMBART, inséminateur depuis 2000.
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Le matin, c'est le relevé des appels téléphoniques sur le répondeur. Matthieu prépare
la tournée de ses collègues et la sienne.
Une fois les appels enregistrés, ils sont répartis par ordinateur. Les tournées
sont ensuite envoyées électroniquement aux inséminateurs sur leur boitier...
Le boitier. Indispensable à l'inséminateur, c'est avec cet outil qu'il prend connaissance
de sa tournée du jour. Mais ce mini PC permet également d'authentifier les actes
réalisés en élevage.
Matthieu commence sa journée par 2 inséminations, service qu'il pratique moins depuis
qu'il s'est spécialisé dans l'échographie.
En pleine échographie...
Matthieu peut en faire jusqu'à 120 dans la journée.
Entretenir une bonne relation avec l'éleveur est une nécessité dans le métier.

Le véhicule de fonction de Matthieu avec tout son matériel. Etre inséminateur, c'est
aussi faire beaucoup de kilomètres.
Nettoyer ses bottes et son matériel est indispensable après chaque visite d'élevage.
Matthieu va à la rencontre des éleveurs. Ici, il est en pleine discussion sur l'éventuel
achat de génisses, mises à la vente par l'éleveur.
Retour au "groupe" le soir où on prend déjà les rendez-vous pour le lendemain. C'est
aussi l'occasion de faire le point avec les collègues après une journée bien remplie.
Quel est votre parcours avant d’arriver à Gènes Diffusion ?
Matthieu BOMBART : Après une seconde générale, je me suis orienté vers un
bac technologique STAE (Sciences et Technologie de l'Agronomie et de l'Environnement)
option « bovin lait » à Genech. J’ai enchaîné, par la suite, par un BTS ACSE (Analyse
et Conduite des Systèmes d’Exploitation)
« option lait », également à Genech.
En ce qui concerne mon parcours professionnel, je suis entré à Gènes Diffusion en
novembre 2000 après une brève expérience professionnelle dans un autre secteur.
J’ai commencé, comme tous les inséminateurs, ATE (Agent Technique d’Elevage), c'est-à-dire
remplaçant et cela, pendant 6 mois. J’ai parcouru pas mal de groupes à Gènes Diffusion
avant d’être nommé titulaire, la première fois, sur le secteur de Cambrai – Bapaume
– Douai. Et je suis arrivé dans l’Aisne en 2003 en tant qu’animateur du groupe Thiérache.
Pourquoi avoir choisi ce métier ?
MB : Parce que c’est un métier d’aventure (rire) ! Il est très diversifié
tant les tâches à faire sont multiples. Et puis, reconnaissons-le, nous faisons
un métier original. Inséminateur c’est pratiquer des actes techniques que tout le
monde ne sait pas forcément faire comme, tout simplement, inséminer ou « fouiller
» une vache. En fait, je voulais faire un métier différent des « autres ».
Qu’est ce qui vous plait dans le métier d’inséminateur ?
MB : Beaucoup de choses. Par exemple, pour moi, être inséminateur c’est un
peu la garantie d’un salarié avec la souplesse d’un dirigeant. Je veux dire par
là que nous avons une certaine flexibilité dans notre quotidien. C’est une liberté
d’action en quelque sorte. On organise nos journées avec, certes, quelques contraintes
mais globalement, on le fait comme nous avons envie de travailler. Nous gérons notre
emploi du temps, nos rendez-vous, etc… Il faut savoir être autonome.
Ensuite, l’un des aspects le plus important de notre métier est le contact humain.
Le relationnel est omniprésent dans notre quotidien. Aujourd’hui, le métier d’inséminateur
n’est plus le simple « pousse-paillette ». On doit accompagner l’éleveur, l’encadrer
au niveau technique : suivre son troupeau, etc… Il y a donc énormément d’échanges
entre les éleveurs et nous. Nous sommes à leur écoute et les conseillons dans beaucoup
de domaines relatifs à l’élevage…mais pas uniquement parfois ! Les questions techniques
auxquelles nous devons répondre n’ont pas forcément un lien avec la génétique. Aujourd’hui,
il n’y a plus grand monde en ferme à part le contrôle laitier, le vétérinaire, le
marchand d’aliment et nous. Donc nous sommes là aussi pour répondre à des questions
qui n’ont pas forcément de rapport avec notre métier de base. Bref, quand on est
en ferme, on doit avoir le sentiment d’apporter quelque chose à l’éleveur. Dans
le relationnel, j’y mettrais également la prospection. Si on attend que l’éleveur
appelle, on n’existera plus. Ce qui était vrai à une certaine époque, ne l’est plus
aujourd’hui, les temps ont changé. C’est à nous d’aller voir l’éleveur qui ne nous
appelle pas ou plus. Aujourd’hui, on doit être capable de prendre les devants.
Bien entendu, par définition, être inséminateur c’est être au contact des animaux.
Même si on n’est pas un mordu de génétique, il faut savoir reconnaitre une bonne
vache, une bonne mamelle, etc… Il faut savoir apprécier l’animal. Le métier nous
pousse, pour l’essentiel, à être derrière les animaux malgré tout.
Un autre aspect, et non des moindres, qui me plait dans ce métier, c’est la diversité
des tâches. Cela va de l’insémination à la détection des chaleurs, aux conseils
d’accouplements, aux constats de gestation, jusqu’à la vente de produits, etc…
C’est un métier où on peut trouver un épanouissement personnel avec des perspectives
d’évolution si on souhaite, bien sûr, agrandir son champ d’action. En ce qui me
concerne, après mon arrivée dans le groupe Thiérache, j’ai choisi de me spécialiser.
Depuis septembre 2006, je fais de l’échographie et depuis septembre 2007 du suivi
repro.
Et vous êtes, aussi, devenu animateur de groupe…
MB : Oui. Je voulais relever un challenge. Bien qu’encore jeune dans le métier,
l’opportunité d’évoluer s’est présentée à moi, j’ai donc tenté ma chance. Je pense
avoir réussi à pousser les bonnes portes ou, du moins, à les provoquer. Je ne voulais
pas rester « simple » inséminateur.
Quelles sont les contraintes de votre métier ?
MB : Forcément, il y en a, il n’y a pas de métier sans contraintes. Nous
avons une activité très saisonnière par exemple. L’hiver est la période la plus
intense et la plus chargée pour nous, avec des journées très remplies, tandis qu’en
été, le rythme est moins soutenu et nous avons, de ce fait, plus de temps libre.
Ce qui est appréciable à cette saison. Ce qui est certain, c’est que pour faire
ce métier, il ne faut pas être fainéant. Nous travaillons, en moyenne, 250 jours
dans l’année. Nous savons l’heure à laquelle nous commençons la journée mais pas
celle où nous la terminons. Si l’on a prévu des rendez-vous en fin de journée, ça
peut coincer.
Comme je le disais précédemment, nous avons un métier où nous échangeons beaucoup
avec les éleveurs. Mais cela peut être, également, une source de pression. Aujourd’hui,
l’éleveur est un client, il est donc en droit d’être exigeant. Les élevages sont
de plus en plus gros, les éleveurs ont donc des responsabilités plus importantes.
Nous essayons de satisfaire tout le monde, de faire notre maximum pour répondre
à leurs attentes. Par contre, nous ne pouvons contenter tout le monde à la même
heure ! C’est impossible…
Quel est le profil, selon vous, pour être inséminateur ?
MB : La première chose, avant tout, et je l’ai déjà dit, c’est de ne pas
être fainéant ! Du travail, il y en a et il ne faut pas en avoir peur. Ensuite,
il faut aimer le contact avec les gens, c’est très important. Avoir une bonne relation
avec les éleveurs fait partie du travail. Il faut, également, être autonome et aussi,
bien entendu, aimer les vaches. L’aspect technique n’est pas le plus important,
au contraire. Savoir inséminer une vache, ça s’apprend. Les éleveurs n’attendent
pas que l’inséminateur connaisse un pedigree d’un taureau sur 5 générations. Il
faut, juste, connaître les caractéristiques d’un taureau.
Ensuite, et là c’est peut être plus personnel, je pense qu’il faut avoir l’esprit
d’équipe. Nous sommes rattachés à un groupe d’inséminateurs (NDLR : Il y a 7 groupes
sur la zone Gènes Diffusion) et, je pense qu’il est important d’avoir cet esprit
avec le groupe auquel on appartient. Nous sommes certes, autonomes dans notre secteur
et dans notre boulot mais il faut savoir aider son collègue quand celui-ci est en
difficulté et il doit savoir faire la même chose pour vous. On est solidaire et
je m’efforce de maintenir un esprit d’équipe dans mon groupe.
Comment voyez vous évoluer le métier d’inséminateur ? Est-ce que le profil du métier
peut changer au sein de la coopérative et compte tenu de ses évolutions ?
MB : Les structures sont de plus en plus grosses et il y a de moins en moins
d’éleveurs. Il faut que nous soyons présents dans ces gros établissements. Nous
n’allons plus être de simples « pousse paillette » car sinon, les éleveurs vont
vite se passer de nous. Il faut donc leur apporter autre chose qu’un acte technique,
basique, de mise en place. Il faut savoir fouiller leurs vaches, planifier une synchro,
etc… Il faut anticiper. Il faut que l’éleveur sente qu’il a besoin de nous pour
gérer son troupeau sinon demain, nous n’aurons plus notre place. Si les éleveurs
évoluent, nous devons évoluer aussi car sinon, on reste sur le bord de la route.
La coopérative doit donc être une structure en perpétuel mouvement et nous, hommes
de terrain, nous devons suivre et également évoluer. Il faut savoir se remettre
en cause. Un professeur me citait souvent les trois lettres suivantes : O.A.D. Ce
qui veut dire : Observer, Analyser, Décider. Il faut savoir décider vite, quelquefois,
pour faire les bons choix d’évolution. C’est comme pour marquer un but. Celui qui
marque est souvent à la limite du hors jeu. Il faut savoir prendre des risques.